Le présent chapitre portera surtout sur les options visant à faire diminuer le risque, la fréquence et la durée des arrêts de travail. Premièrement, il convient d’aborder quelques points. Le mandat porte complètement sur les arrêts de travail et sur les mesures de réduction de ceux-ci. Il ne s’agit donc pas d’une vaste étude sur des éléments de réforme. Les options proposées ont seulement trait à leur impact sur les arrêts de travail.
Deuxièmement, il est généralement reconnu que le volontarisme et le consensus devraient être utilisés pour orienter les changements dans le domaine des relations industrielles1. Toutefois, certaines des options incluses ne seraient pas considérées comme volontaires et ne seraient appuyées par aucun des intervenants. Elles sont néanmoins présentées dans le cadre du mandat de l’étude.
Troisièmement, la priorité absolue sera accordée aux options qui pourraient faciliter la collaboration en matière de sécurité d’emploi et de productivité, les conflits au sujet de ces enjeux semblant constituer la source principale des arrêts de travail majeurs. On donnera également la priorité aux options qui pourraient contribuer à améliorer l’efficacité et la rapidité du processus de négociation collective de même que la crédibilité entre les parties. Ces options touchent notamment le Conseil canadien des relations industrielles (CCRI).
Quatrièmement, en ce qui concerne les options canadiennes et internationales qui portent sur des approches législatives et non-législatives de gestion des arrêts de travail, il est clair que les situations et les contextes des relations industrielles diffèrent souvent du tout au tout d’une juridiction à une autre, ce qui restreint l’utilité des options étrangères. L’étude mise donc surtout sur les secteurs canadiens.
Cinquièmement, la procédure ne doit pas devenir trop routinière. Les intervenants mettent de l’avant une approche très subtile et stratégique pour atteindre leurs objectifs. Si une mesure commence à devenir prévisible, les intervenants s’ajusteront et la rendront moins efficace. On dit souvent que les mesures deviennent moins efficaces à mi-parcours. De plus, les ajustements aux mesures peuvent être imprévisibles et peuvent aller à l’encontre de l’objectif recherché de différentes façons imprévues. Si, par exemple, la mesure proposée a pour but de simplifier le processus de négociation collective, elle peut, tout en demeurant peut-être efficace du point de vue de la réalisation de son objectif, avoir des ramifications imprévues (p. ex. la modification de la période ouverte peut occasionner du maraudage syndical). Une bonne règle à suivre consiste à emprunter la direction tracée par les intervenants, car ils savent généralement mieux que quiconque quelles sont les répercussions des mesures proposées.
Certaines des options s’accompagnent d’un thème sous-jacent, à savoir que quelques éléments « angoissants » de la trousse à outils du ministre pourraient se révéler utiles, ne serait-ce que pour exercer de la pression sur les intervenants afin de conclure un règlement lorsque les parties sont à la veille de se retrouver en arrêt de travail ou de prendre part à un arrêt de travail.
Enfin, pour situer davantage en contexte les personnes qui ne connaissent pas les mesures contenues dans le Code canadien du travail qui ont trait aux arrêts de travail, l’Annexe 4-1 qui se trouve à la fin du présent chapitre renferme un résumé des dispositions pertinentes.
Dans le cadre de l’organisation des options, une distinction a été établie entre les mesures considérées « impartiales », en ce sens qu’elles n’ont pas de répercussions sur les rapports de force ou qu’elles ne favorisent pas l’une ou l’autre des parties, et celles qui semblent avantager les travailleurs ou l’employeur.
Un document de travail proposant certaines options éventuelles a été diffusé auprès des intervenants afin qu’ils donnent leurs commentaires dans des mémoires et des réunions de consultation. Les options impartiales sont énoncées dans la partie suivante. Elles ont été améliorées dans de nombreux domaines au fur et à mesure que des renseignements complémentaires étaient obtenus.
Les options non-impartiales comprennent le fait de favoriser les syndicats relativement aux mesures qui interdisent les travailleurs de remplacement et l’imposition de l’arbitrage de différends non volontaires dans le cas des premières conventions collectives. De nombreux syndicats ont fait valoir que les modifications apportées au Code relativement à ces questions feraient diminuer les arrêts de travail. Que cette position soit valide ou non, de tels changements seraient faits aux dépens du pouvoir de négociation des employeurs qui s’y sont objectés avec la même vigueur. S’ajoute également à la liste des options favorables au syndicat l’option d’imposer l’arbitrage de différends dans les cas d’arrêts de travail qui sont dans une impasse, comme une loi l’a fait récemment au Manitoba. Encore une fois, les employeurs s’y sont opposés avec vigueur.
À l’opposé, certains employeurs ont demandé l’examen d’une mesure visant à élargir l’exigence de la tenue de scrutins, par des membres syndiqués, sur les offres finales des employeurs. D’autres ont plaidé en faveur de la désignation de certaines activités concernant les services aéronautiques et de l’exploitation des ports en tant que « services essentiels » ou que services nécessitant une protection particulière contre les conséquences des arrêts de travail comme dans l’article 87.7 du Code. Cette disposition limite les effets des arrêts de travail des débardeurs et des activités de navigation connexes sur le mouvement des céréales à destination et en provenance des ports. Ces options auraient des répercussions sue le pouvoir de négociation relatif des parties.
Notes :
[1] note en bas de la page 1 Sims, Andrew C.L. « Reflections on Administering Labour Law », Canadian Labour & Employment Law Journal 12. p. 140.